Dr. Cummins vient de m'envoyer cet article, d'un intérêt majeur à notre cours. Veuillez bien lire et réfléchir à l'effet du contrôle des médias en ce qui concerne les élections. Comment peut-on prétendre une démocratie, là où tous les candidats n'ont pas le même accès? Qu'est-ce que c'est que l'IFOP? le MEDEF?
Les sondeurs et les media aux ordres de Sarkozy.
Laurence Parisot, Présidente du MEDEF, est aussi la dirigeante de l’IFOP, l’institut de sondage ; c’est une amie de Sarkozy qu’elle a invité à la dernière AG du MEDEF. Pour améliorer l’image du patronat dans l’opinion, quelques patrons du MEDEF et leur présidente ont organisé une grande réception pour les Bac+ 5 de l'Université et leur ont promis un bel avenir. En fait, ils ont seulement reçu quelques jeunes sans emploi sur les quelques dizaines de milliers de chômeurs avec Bac+ 5, et ils ne les ont pas embauchés pour autant. Cependant, ces quelques jeunes, qui ont eu la chance d’être reçus, sont passés sur toutes les chaînes de télé pour dire que c’était la première fois qu’ils étaient écoutés et qu'ils en étaient très contents.
Le directeur de la rédaction de La Tribune, autre ami de Sarkozy, a fait empêcher la publication d’un sondage qui avait le tort de placer la candidate socialiste en tête pour «résoudre les problèmes économiques et sociaux ». Sarkozy connaît tous les résultats des sondages avant leur publication grâce aux Renseignements Généraux. La complaisance des médias envers les dirigeants des RG, de la DST et des diverses polices du pays est évidente.
Comme M. Silvio Berlusconi, Nicolas Sarkozy est bien déterminé à contrôler l’opinion grâce à un mélange de marketing politique, d’intérêts croisés avec la presse et l’édition, et de mainmise directe ou indirecte sur le paysage audiovisuel. Jamais aucun dirigeant politique français n’a bénéficié autant que lui de l’appui des patrons de presse.
Alors que tous les médias ont retransmis un e-mail anonyme accusant sans fondement le couple Royal-Hollande de fraude fiscale, on peut s’étonner de la facilité avec laquelle la presse a accepté sans sourciller l’idée selon laquelle Sarkozy, cet homme fortuné, ne paie l’ISF que depuis un an.... On assiste à un vrai culte de la personnalité, tant il apprécie et encourage la publication de ses photos.
Le Point lui a consacré 20 couvertures en vingt mois (contre quatre à Ségolène Royal), et il est apparu en majesté à la une de Paris Match : «Un destin en marche». Cela ne lui suffit pourtant pas.
France 2 a fait un effort pour le satisfaire avec, comme l’a appelé Le Nouvel Observateur, un «Sarkothon» («A vous de juger», pour le vrai titre) de près de trois heures.
Depuis fort longtemps, Sarkozy s’est employé à construire un étonnant réseau d’influence dans les médias, au service de ses ambitions.
Ses familiers, comme Martin Bouygues, patron de TF1 (et de LCI) est parrain de son fils. Bernard Arnault (La Tribune, Investir, Radio Classique) a marié sa fille Delphine en présence de M. Sarkozy. Habitant Neuilly, Messieurs Bouygues et Arnault ont tous deux été témoins aux mariages du maire de la ville, Nicolas Sarkozy.
Sarkozy, le candidat UMP, est présenté par Arnaud Lagardère, patron de médias (Europe 1, Europe 2, RFM, Europe 2 TV, etc.) et du principal groupe de presse (Paris Match, Le Journal du dimanche et plusieurs quotidiens régionaux) et d’édition français, «non pas comme un ami, mais comme un frère» (avril 2005, séminaire du groupe Lagardère à Deauville). Le soutien de ces deux hommes, Bouygues et Lagardère, a été réaffirmé lors d’un meeting de M. Sarkozy animé par le journaliste Michel Field, auquel assistait aussi Stéphane Courbit, président d’Endemol France, producteur des émissions de Marc-Olivier Fogiel et de Karl Zéro.
M. Serge Dassault (Le Figaro, Valeurs actuelles, L’Express) se souvient que l’actuel ministre de l’Intérieur a rapidement «démêlé» la succession de son père Marcel quand il est arrivé au Ministère des finances. De plus, il n’ignore pas que M. Sarkozy est devenu un familier de son fils aîné Olivier, par ailleurs député UMP.
Il y a aussi « les compagnons de route... cyclable». Messieurs Bouygues et Lagardère sont à nouveau du nombre, tout comme M. Jean-Claude Decaux, leader mondial de l’affichage urbain, et M. François Pinault, propriétaire du Point. Sans oublier Michel Drucker, animateur populaire de France 2.
Pour construire son réseau, Nicolas Sarkozy a créé, en 1985, le Club Neuilly Communication, lequel compte parmi ses membres Nicolas de Tavernost, président de M6, ou Arnaud de Puyfontaine, patron de Mondadori France, troisième éditeur de magazines.
L’actuel candidat UMP veille également à s’entourer de publicitaires, comme Thierry Saussez, président « d’Image et stratégie », Philippe Gaumont (FCB), puis Jean-Michel Goudard (le «G» d’Euro RSCG). Il fréquente enfin les grands annonceurs Philippe Charriez (Procter & Gamble) et Lindsay Owen-Jones (L’Oréal).
Egalement, sa position de porte-parole du gouvernement, puis du candidat Balladur, entre 1993 et 1995, lui permet d’élargir son «cercle» de relations avec l’arrivée du sondeur Jérôme Jaffré, alors directeur général de la Sofres. Dans cette campagne de 1995, il soutenait Edouard Balladur contre Jacques Chirac. Le 22 mars 1995, le Monde titre en une: «M. et Mme Chirac ont tiré profit d’une vente de terrains au Port de Paris». Cette information, diffusée pour déplaire aux Chirac, émane de la direction du Budget chapeautée alors par M. Sarkozy.
Déjà, Nicolas Sarkozy s’appuyait sur TF1. Une de ses présentatrices, Claire Chazal, signe une biographie particulièrement élogieuse de M. Balladur. Elle était invitée sur tous les plateaux télé tandis que M. Bouygues ouvrait les portes de sa chaîne à celui qui passait déjà pour être premier ministre de Balladur.
Pendant cette campagne de 1995, TF1 était devenue "télé Balladur". Bouygues ne rendait pas service à Balladur lui-même, mais à l’un de ses « lieutenants», Nicolas Sarkozy. Actuellement, les radios lui accordent toujours un temps de parole exceptionnel: par exemple, le matin sur Europe 1, Jean-Pierre Elkabbach lui octroie couramment vingt minutes supplémentaires d’entretien.
Cette année, c’est Catherine Nay qui s’est chargée de faire une hagiographie de Nicolas Sarkozy.
LCI, filiale de TF1, a retransmis en direct ses voeux à la presse. Il fait la couverture de TV Magazine (du jamais vu concernant un politique), ce supplément du Figaro diffusé auprès de cinq millions de lecteurs potentiels.
«C’est le nouveau présentateur du JT de 20 heures», ironisait, il y a quelque temps, François Hollande. Il a été trois fois l’invité de l’émission «100 minutes pour convaincre» de France 2.
Cécilia fait le bonheur de la presse «people», uniquement chaque fois qu’elle sert les intérêts du présidentiable, mais elle provoque l’autocensure, voire la censure, sitôt qu’elle cesse d’être à son avantage. Ainsi, lorsqu’une journaliste de Gala, Valérie Domain, décida en 2005 d’écrire un livre qui n’agréait pas à M. Sarkozy « Entre le coeur et la raison », l’éditeur, M. Vincent Barbare, fut convoqué Place Beauvau pour arrêter la diffusion. Après la publication des photos « compromettantes» de Cécilia Sarkozy, Alain Genestar de Paris Match fut remercié. « Selon Alain Genestar lui-même, c’est Nicolas Sarkozy qui est à l’origine de son licenciement » (Le Monde du 17/11/2006).
Depuis un an, la société audiovisuelle ETC (Etudes, techniques et communication) «produit et diffuse les images des meetings du futur candidat». La société de production dispose de l’exclusivité «du filmage des images de l’entrée en scène» de Nicolas Sarkozy. Le journal Le Monde s’était alors interrogé sur l’indépendance de l’information en raison de cette mise à disposition d’images «made in UMP». Cette proximité, cette connivence entre politiques et médias est le symptôme d’une démocratie malade.
Au Brésil, où toute la presse appartient aussi aux oligarques du pays et avait annoncé la défaite de Lula, lors du défilé de la victoire à son second mandat, on pouvait lire sur une banderole : « Le peuple a vaincu les media ». Espérons que le peuple français se montrera aussi intelligent que le peuple brésilien.
(Reprise des passages principaux de l’article de 8 pages de Nicolas Cadène).